• Vincent Di Sanzo

Fermeture de la route de Maurecourt

Dernière mise à jour : juin 18

Notre analyse du dossier

L’arrêté municipal n°01/2021/LDS du 4 janvier 2021 portant interdiction permanente de circulation rue de l’Hautil à Maurecourt décrète la fermeture définitive aux véhicules motorisés de la rue de l’Hautil, entre son intersection avec le chemin rural no 6 dit des Fréculs et son intersection avec la sente rurale no 28 dites des Cailles à compter du 15 février 2021. Ceci revient à condamner définitivement la desserte locale entre l’Hautil (RD22) et la ville de Maurecourt par le C4. La Mairie de Maurecourt justifie son arrêté suite à la préconisation de l‘IGC (Inspection Générale des Carrières) d’interdire la circulation des poids lourds sur cet axe et à la préconisation du CEREMA (Centre d'études et d'expertise sur les risques) d’en restreindre l’accès pour garantir la sécurité des usagers et considère que la circulation sur cette voie est de nature à fragiliser les carrières et front rocheux. En étudiant minutieusement les rapports de l‘IGC (Visites de contrôle des cavités abandonnés accessibles sous-minant les chemins communaux réalisées en 2018 et 2020) et du CEREMA (Etude et cartographie de l’aléa Versant rocheux sous-cavé réalisées en Novembre 2017) au regard des constatations du terrain, cet arrêté nous apparaît totalement disproportionné face aux risques extrêmement faibles encourus par les usagers de cet axe routier. Les carrières de Maurecourt ont eu pour objet l’extraction de pierres à bâtir contrairement à celles de l’Hautil où l’on a extrait le gypse pour confectionner du plâtre ainsi que quelques meulières. L’existence d’un vide sous la rue de l’Hautil consiste en la présence d’une petite galerie d’une amorce de carrière somme toute assez modeste de 80 m2 dont l’IGC fait état du bon état de conservation et de sécurité.


La surface de cette carrière est à comparer aux deux autres carrières, inspectées par l’IGC, situées sur le territoire de Maurecourt dont les surfaces respectives sont 5 200 et 6 500 m2.


L’accès à la carrière s’effectue depuis une propriété sise rue du Fay.


« L'épaisseur du recouvrement varie entre 8,5 mètres vers l'entrée et 16,50 mètres sous l'extrémité Nord », donc vers la route. Le recouvrement est la différence de niveau entre le toit de la galerie et la cote du terrain naturel.


« Le taux de défruitement global (surface exploitée par rapport à la surface totale de la carrière), bien inférieur à 70%, est un facteur de sécurité. »


La hauteur de la galerie au Nord est de 3 mètres.


« Visuellement, l’ensemble de la carrière présente un état de conservation assez bon ».


Tous les Hautillois savent que la majorité des axes qui partent de ce hameau de Triel-sur-Seine passent au-dessus d’anciennes carrières, ce qui, heureusement pour la population, ne se traduit pas par des interdictions. L’avis de l’expert de l’IGC nous conforte dans l’idée que ce n’est donc aucunement l’existence de cette carrière qui peut justifier cette fermeture.


L’expert conclut, après avoir précisé que l’IGC n’a pas de compétence sur les fronts rocheux, que « le principal risque pour la route réside dans l’effondrement de la falaise et nous rappelons que cette dernière est un ouvrage à entretenir et à surveiller. Concernant le risque de chute de bloc, il est recommandé de faire procéder à la dévégétalisation et à la purge du front rocheux. Nous recommandons de nouveau l’interdiction de circulation des poids lourds.»


Dans la version 2020 de ce même rapport (2018) où le texte est strictement identique, l'IGC a ajouté, page 4, cette phrase "Une clôture interdisant l'accès aux véhicules et aux poids-lourds devrait être mise en place courant 2020." Il s'agit, bien entendu, d'une constatation et non d'une recommandation, l'IGC se contentant de relayer les propos et projets de la Municipalité.


Mais de quelle falaise parle-t-on ? Pour cela il faut nous tourner vers le rapport du CEREMA.


La carte informative du CEREMA, jointe au rapport, fait apparaître le front rocheux, matérialisé par le trait bleu. Il est présent dans la parcelle 69 (no 2 Rue de l’Hautil) et borde sur son extrémité la Rue de l'Hautil. Ce front rocheux d'une centaine de mètres de longueur et de 15 mètres de hauteur en son plus haut point représente un risque important pour la maison d'habitation se situant sous la falaise. Le risque pour l'habitation est qualifié d'aléa fort.



Le rapport évoque des «risques de basculement (plusieurs mètres cubes) à proximité de la maison. Des confortements bricolés ».


La partie du front située en bordure de la rue de l'Hautil ne dépasse pas 35 mètres en longueur et 3 mètres en hauteur.



Le risque aléa sur cette partie bordant la route est qualifié de moyen.


Il est important de bien comprendre ce que cela signifie. Un aléa est la conjonction d’une probabilité d’occurrence qu’un événement se produise et de son intensité (gravité). Concernant la façade rocheuse les experts du CEREMA ne relèvent au titre de l’intensité que la chute de pierres dont le volume est inférieure au dm3 (un caillou de 10cm de côté), ils n’envisagent aucunement qu’un bloc puisse s’en détacher. L’intensité y est qualifiée de « limitée ». Par contre la probabilité qu’un caillou se détache est qualifiée de moyenne (en d’autres termes ça peut arriver,) ce qui permet de dire que le risque aléa est moyen bien que finalement les conséquences d’une chute d’un caillou de 10 cm soient minimes pour l’automobiliste malchanceux.


Pour avoir fréquenté cette route quotidiennement pendant 25 années je n’y ai pas vu plus de 2 ou 3 cailloux.


La visite sur le terrain nous conforte dans l’idée que la portion qui borde la rue de l’Hautil s’apparente plus à un monticule dont les modestes dimensions ne peuvent présenter un risque important pour les usagers qui circulent en automobile. La photo de Google permet de donner une idée assez précise de cette « façade rocheuse ».


En suivant les conseils d’IGC et du CEREMA, à savoir l’entretien du « front rocheux » qui borde la route (dévégétalisation et purge) ainsi que l’interdiction de circulation des poids-lourds, le risque encouru par les usagers sera quasi nul.


Il est d’ailleurs assez cocasse de constater que le jour où Google a pris cette photo, une équipe était apparemment occupée à l’entretien de cette façade rocheuse !


Le seul réel problème consiste donc à trouver un moyen efficace d’interdire la circulation des poids-lourds auquel il faudra ajouter la problématique plus générale de circulation des poids-lourds sur notre territoire.


Mais pourquoi donc demander la réouverture de cette route ?


De tout temps les habitants de Triel-sur-Seine, et en particulier ceux de l’Hautil, et les habitants de Maurecourt ont eu des relations de proximité et cette interdiction de se déplacer entre les deux communes par la rue de l’Hautil est considérée comme un véritable préjudice.


Nombre de Triellois y fréquentent les commerces et services, y ont de la famille ou des amis. Quelques uns travaillent à Maurecourt et beaucoup se rendent à la gare RER de Fin d’Oise. Les renvoyer sur Chanteloup-les-Vignes rallongera la distance pour se rendre au RER et les détournera assurément des commerces de Maurecourt et de liens sociaux tout en augmentant considérablement leur temps de trajets surtout aux heures de pointe. Bien sûr il en est de même dans l’autre sens, les Maurecourtois aspirent aussi à rejoindre l’Hautil et au-delà par ce même axe routier.



Outre le fait que la fermeture de cette route soit une entrave à la liberté de circuler, elle va induire un report de circulation sur des axes déjà soumis à des difficultés de circulation et d’insécurité routière.

L’Hautil est une butte boisée de 190 mètres d’altitude. Au sud et à l’ouest, ses limites se confondent avec la Seine, à l’est avec l’Oise, le Nord s’ouvre sur le Vexin. Le plateau est traversé du nord au sud par la RD22, la descente vers Chanteloup-les-Vignes est à 12% et aboutit au centre du vieux village qui est déjà confronté à une congestion chronique via un passage à voie unique. Y renvoyer une grande partie du trafic détourné de Maurecourt va assurément augmenter les difficultés de circulation et l’exaspération des riverains. Une autre partie du trafic devra emprunter la rue d’Ecancourt à l’Hautil, or cette rue à sens unique fait déjà l’objet de difficultés de circulation et de problèmes d’insécurité routière. Là aussi le report de circulation va les exacerber. Enfin, le dernier écueil de cette fermeture est le risque de voir fleurir des décharges sauvages en bordure de la route de Maurecourt et des chemins qui traversent les coteaux ainsi que l’installation des gens du voyage comme on a pu le vivre maintes fois au Parc aux Etoiles de Triel-sur-Seine ces dernières années. Loin de nous l'idée de faire l’apologie de la route en général, tant ses effets sur la pollution, le bruit, le cadre de vie sont grands. Mais une route bien aménagée et dédiée à la desserte locale est source de vie, elle innerve la ville, relient des gens et reste nécessaire à beaucoup de nos activités quotidiennes tant professionnelles que privées. La première image qui nous vient à l’esprit lorsque nous pensons à la biodiversité n’est certainement pas un bord de route.. et pourtant elle peut en être un réservoir si on prend la peine d’en limiter les impacts (nettoyer les déchets, supprimer l’usage des pesticides, etc. ) et de les aménager (passerelle animaux, etc.).

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